Gilles Demarteau

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Gilles Demarteau est un artiste graveur, né le 19 janvier 1722 à Liège et mort le 31 juillet 1776 à Paris. Il est principalement connu pour ses gravures dites « à la manière de crayon » interprétant des dessins de François Boucher[1].

Gilles Demarteau, Naïades et Triton, d'après François Boucher, gravure à la manière de crayon, n. d., Paris, Bibliothèque nationale de France

Biographie

Originaire de Liège, Gilles Demarteau est issu d’une famille d’armuriers. Sa formation est peu connue et l’on suppose qu’il s’est premièrement formé au dessin dans sa ville natale[2].

Ses débuts parisiens

Il rejoint à Paris un de ses frères qui y exerce en tant qu’orfèvre. Il apprend le métier et obtient sa lettre de maîtrise en tant qu’orfèvre-ciseleur, ainsi que sa lettre de naturalité, le 12 mars 1746[3]. Puis, il travaille chez les Roëttiers, une famille de graveurs, en tant qu’orfèvre et médailleur[4]. À partir de 1751, il commence à graver des recueils d’ornements[5] servant de modèles pour les arts décoratifs.

Découverte de la gravure à la manière de crayon

Ensuite, il entre dans l’atelier de Jean-Charles François, graveur et imprimeur français. C’est auprès de son maître qu’il fait des recherches pour réussir à rendre les effets du dessin en gravure. Ils collaborent et découvrent dans les années 1850 la gravure à la manière de crayon, technique dont les effets sont obtenus grâce à l’utilisation de roulettes. François fait reconnaître ce procédé auprès de l’Académie et reçoit pour cela une pension. Jaloux, Demarteau revendique la découverte de cette technique, tout en poursuivant ses recherches pour la perfectionner. Celles-ci le mènent à expérimenter la gravure à la manière de deux crayons, permettant d’imiter les dessins associant la sanguine, la pierre noire ou des rehauts de craie blanche. Pour cela, il utilise autant de plaques qu’il souhaite obtenir de couleurs à l’aide du repérage. Pour faire ressortir le blanc, il travaille la planche de sorte à atténuer le grain de la feuille. Entre temps, il installe son atelier à l’enseigne de « la Cloche », rue de la Pelleterie à Paris. Le 4 avril 1767, il présente un essai de gravures à la manière de deux crayons à l’Académie, qui est remarqué par Diderot[6].

Grâce à cette technique, qui permet d’imiter l’aspect gras du crayon, Demarteau a retranscrit les dessins de nombreux artistes du XVIIIe siècle, qu’il vend à moindres coûts aux amateurs de dessins et d’estampes. Il a principalement gravé des sanguines et des dessins à la pierre noire de François Boucher, Charles-Nicolas Cochin, Jean-Baptiste Huet, Jean-Baptiste Le Prince, Jean-Baptiste Marie Pierre et Carle van Loo.

Entrée à l’Académie royale de peinture et de sculpture

Gilles Demarteau, Lycurgue blessé dans une sédition, d'après Charles-Nicolas Cochin, gravure à la manière de crayon, 1769, Paris, Bibliothèque nationale de France

Le 2 septembre 1769, Demarteau est reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture grâce à une gravure reprenant un dessin de Cochin intitulée Lycurgue blessé dans une sédition. L’année suivante, il récupère la pension royale de 600 livres de François, décédé le 22 mars 1769, pour : « la part qu’il a à l’invention et à la publicité de la gravure à la manière de crayon »[7] et fait figurer dans la lettre de ses estampes la mention de « graveur et pensionnaire du roi ». En 1771, il obtient l’autorisation de graver en manière de crayon des académies de professeurs de l’Académie pour les diffuser auprès des élèves.

Son statut d’académicien attire les élèves, qu’il forme à la gravure, et notamment à la manière de crayon. Louis-Martin Bonnet, inventeur de la gravure en manière de pastel, est l’un d’entre eux. Ils travaillent ensemble sur des recueils de dessins, tels Principes de dessin, vendus quelques sous aux élèves, notamment des académies de province.

Fin de carrière

À la fin de sa vie, l’artiste se focalise moins sur Boucher et s’attache plus à reproduire des dessins de Huet, d’Edme Bouchardon ainsi que de certains maîtres de la Renaissance italienne comme Raphaël et Michel-Ange[8]. D’autre part, il forme son neveu Gilles-Antoine Demarteau au métier de graveur. À sa mort en 1776, ce dernier reprend son atelier et continue à imprimer des gravures en manière de crayon. Lorsque Gilles-Antoine Demarteau décède en 1802, l’œuvre des deux graveurs tombe dans l’oubli[9]. Ils sont redécouverts à la Belle Époque, lors d’un regain d’intérêt pour l’art du XVIIIe siècle.

Œuvre

Son œuvre gravé comprend plus de 600 estampes, sans compter les recueils d’ornements et de modèles, et est presque entièrement conservé à la Bibliothèque nationale de France[10]. Grâce à sa maîtrise de la gravure à la manière de crayon, Demarteau s’est saisi du marché de la reproduction du dessin. Celles-ci sont appréciées des collectionneurs, autant français qu’étrangers, qui se constituent des répertoires de modèles. Ces estampes sont aussi acquises par des élèves qui souhaitent apprendre le dessin.

Les reproductions de dessins de maîtres pour les amateurs

Gilles Demarteau, Le Polisson, d'après François Boucher, gravure à la manière de crayon, n. d., Paris, Musée du Louvre

Gilles Demarteau est l’un des spécialistes de la gravure à la manière de crayon, technique qui lui permet de diffuser largement des dessins de maîtres. Suivant le goût du XVIIIe siècle, il s’attache à reprendre des sujets tirés de l’imagerie galante, dont des artistes comme Antoine Watteau et François Boucher en sont les représentants. Ce dernier a confié environ 266 dessins à Demarteau pour qu’il en fasse des estampes. Le graveur se fournit également en modèles auprès de collectionneurs qui lui ouvrent leur cabinet afin qu’il accède à certains dessins entrés dans des collections privées. C’est le cas des Blondel d’Azaincourt, des de La Haye et de Bergeret de Grancourt.

Les planches qu’il grave imitent soit à la perfection les dessins originaux, soit sont à l'image des quelques libertés que l'artiste prend. C’est ainsi qu’il adapte ses gravures en ajoutant parfois un décor ou des accessoires pour rendre, par exemple, moins provoquant un nu de Boucher ou insérer un personnage dans un contexte. Par ailleurs, il tire des épreuves en encre brune, imitant la sanguine, alors que l’original est dessiné à la pierre noire. Demarteau a aussi créé de toute pièce des pendants afin d’inciter les amateurs à acheter deux estampes au lieu d’une. Il a par exemple réuni Le Polisson d’après Boucher et la Jeune villageoise d’après Huet.

Les académies de modèles à destination des élèves

L’artiste a aussi souhaité diffuser ses estampes auprès des élèves des académies, pour qu’ils puissent avoir pour quelques sous des modèles de maîtres ou de professeurs. Il reproduit fidèlement des académies d’artistes tels que Carle van Loo et Bouchardon pour les élèves et confère à son œuvre une dimension pédagogique.

Bibliographie et références

Bibliographie

Denis Diderot, Œuvres complètes de Diderot : rev. sur les éd. originales comprenant ce qui a été publié à diverses époques et les ms. inédits conservés à la Bibliothèque de l'Ermitage par J. Assézat. Tome onzième, 2, Paris, Garnier frères, 1875.

Léo de Leymarie, ""L’œuvre de Gilles Demarteau l’ainé, graveur du roi : catalogue descriptif précédé d’une notice biographique"", Paris, G. Rapilly, 1896.

Marcel Roux, « Gilles Demarteau », Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle, Tome VI, Damontot-Denon, Paris, Bibliothèque nationale, 1949, p. 327-484.

Adrien de Wittert, ""Gilles Demarteau, graveur du roi, 1722-1776 : la vie et l'œuvre ... son invention de la gravure crayonnée, ses élèves Gilles Antoine Demarteau (1750-1802), Coclers, Le Prince ... etc.; catalogue et prix de ses six cent soixante-quatre gravures …, Bruxelles, van Trigt, 1883.


Quand la gravure fait illusion : autour de Watteau et Boucher, le dessin gravé au XVIIIe siècle, Emmanuelle Delapierre et Sophie Raux, (cat. exp. Valenciennes, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 11 novembre 2006 - 26 février 2007), Roubaix, Association des conservateurs des musées du Nord-Pas de Calais, Montreuil, Gourcuff Gradenigo, 2006.

Liens externes

Notice d'autorité: Bibliothèque nationale de France

Ressources relatives aux beaux-arts: Musée du Louvre, The Metropolitan Museum, Art Institute of Chicago, Fine Arts Museums of San Francisco, National Gallery of Art

Notes

  1. La majeure partie des informations rendues dans cet article sont tirées du catalogue d’exposition Quand la gravure fait illusion : autour de Watteau et Boucher, le dessin gravé au XVIIIe siècle, Emmanuelle Delapierre et Sophie Raux, (cat. exp. Valenciennes, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 11 novembre 2006 - 26 février 2007), Roubaix, Association des conservateurs des musées du Nord-Pas de Calais, Montreuil, Gourcuff Gradenigo, 2006, l’une des études les plus récentes sur l’artiste.
  2. Léo de Leymarie, L’œuvre de Gilles Demarteau l’ainé, graveur du roi : catalogue descriptif précédé d’une notice biographique, Paris, G. Rapilly, 1896, p. 3.
  3. Marcel Roux, « Gilles Demarteau », Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle, Tome VI, Damontot-Denon, Paris, Bibliothèque nationale, 1949, p. 328.
  4. Adrien de Wittert, Gilles Demarteau, graveur du roi, 1722-1776 : la vie et l'œuvre ... son invention de la gravure crayonnée, ses élèves Gilles Antoine Demarteau (1750-1802), Coclers, Le Prince ... etc.; catalogue et prix de ses six cent soixante-quatre gravures …, Bruxelles, van Trigt, 1883, p. 17.
  5. Marcel Roux, « Gilles Demarteau », art. cit., p. 328.
  6. Il écrit à ce sujet : « […] ce sont de vrais dessins au crayon. La belle, l’utile invention que cette manière de graver ! ». Denis Diderot, Œuvres complètes de Diderot : rev. sur les éd. originales comprenant ce qui a été publié à diverses époques et les ms. inédits conservés à la Bibliothèque de l'Ermitage par J. Assézat. Tome onzième, 2, Paris, Garnier frères, 1875, p. 367.
  7. Lettre de Marigny à Pierre du 23 décembre 1770 citée dans Quand la gravure fait illusion : autour d'Antoine Watteau et Boucher, le dessin gravé au XVIIIe siècle, op. cit., p. 76.
  8. Adrien de Wittert, Gilles Demarteau, graveur du roi, 1722-1776 : la vie et l'œuvre ... son invention de la gravure crayonnée, ses élèves Gilles Antoine Demarteau (1750-1802), Coclers, Le Prince ... etc.; catalogue et prix de ses six cent soixante-quatre gravures …, op. cit., p. 106.
  9. Ibid., p. 153.
  10. Le 5 septembre 1808, le fonds d’atelier de Gilles-Antoine Demarteau est acquis par la Bibliothèque Nationale. Marcel Roux, « Gilles Demarteau », art. cit., p. 329.