Gérard Audran

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Portrait de Gérard Audran, graveur ordinaire du roi, Conseiller en son Académie royale de peinture et de sculpture, par Nicolas Dupuis, d'après un buste de Coysevox

Gérard Audran ( né à Lyon le 2 août 1640, mort à Paris le 25 juillet 1703, âgé de 62 ans ) est un graveur français en activité durant le règne de wikipedia:fr: Louis XIV. Il est le premier graveur à avoir obtenu le titre de Conseiller à l'wikipedia:fr:Académie royale de peinture et de sculpture en 1681, après avoir été admis en son sein en 1674. Figure emblématique de l'école française de gravure, son utilisation conjointe de l'eau-forte et du burin fut un modèle pour les graveurs de la fin du XVIIème siècle et de la première moitié du XVIIIème siècle. Il est l'un des principaux graveurs d'interprétation du règne de Louis XIV.


Jeunesse

Naissance et Origine Familiale

Gérard Audran est né le 2 août 1640 à Lyon, rue des Forces[1], baptisé en l'église St Nizier[2]. Il est le troisième fils de Claude Ier Audran et Hélie Fretilat. Son père est graveur à Lyon, et son parrain, Gérard Cebier, y est sculpteur.

Claude 1er Audran et Hélie Fretilat, sa femme, ont eu 3 fils:

  • Germain Audran, le fils aîné, graveur né à Lyon le 6 décembre 1631 et mort à Lyon le 4 Mai 1700 ( ou 1710 )[3]
  • Claude II Audran, peintre et membre de l'Académie royale et de peinture et de sculpture, né à Lyon et le 27 mars 1638 ( ou 1641 )[4]
  • Gérard Audran, le cadet

Le jeune Gérard naît donc dans une famille d'artiste: outre ses frères, peintre et graveur, son père graveur et son parrain sculpteur, son oncle Charles Audran est également graveur. Il est d'ailleurs le fondateur de cette dynastie. Le talent des uns et des autres est cependant inégal, et Gérard fera ses premières armes chez eux. Ce berceau familial est néanmoins salutaire pour l'émergence du génie de Gérard Audran.

Formation

À Paris

Le jeune Gérard apprend tout d'abord, dans ses premières années, à dessiner auprès de son frère Claude II, lui-même dessinateur. Cette influence va être décisive sur sa manière d'appréhender sa gravure, en faisant approcher Gérard de la gravure d'artiste, tout en ne restant que de la gravure d'imitation: ses gravures seront alors très libres, jusqu'à surpasser le dessin d'origine.

À 15 ans, vers 1655, Gérard Audran part à Paris, dans l'atelier de son oncle Charles, pour se former à la gravure. Il y produit sa première oeuvre, une suite de gravure pour une édition d'une traduction en vers des Psaumes de David, publiée en 1660[5][6]: Gérard Audran a 19 ans. Le style est proche de celui de son maître, son oncle Charles Audran: la gravure est au burin sur cuivre seulement, et elle ne s'exerce que pour sur création de vignettes et de portraits. Son talent est encore freiné par ses connaissances incomplètes du dessin, dépendantes des défauts de son oncle.

À Rome

Énée sauvant son père de l'embrasement de Troyes par Gérard Audran, Date inconnue ( circa 1666-1672 ), d'après la peinture de Pietre de Cortone dans le palais Pamphili
Énée sauvant son père de l'embrasement de Troyes par Gérard Audran, Date inconnue ( circa 1666-1672 ), d'après la peinture de Pietre de Cortone dans le palais Pamphili

En 1666, Gérard Audran part pour Rome, en suivant son maître Carle Maratte. Ce voyage sera pour lui une révélation, qui impactera profondément son art. Directement, Gérard commence à travailler, et produira une quantité conséquente d’œuvres:

  • Dès 1666, Gérard Audran grave un Portrait de Jordanus Hilling, exclusivement gravé au burin encore, mais déjà majoritairement exempt des défauts de jeunesse. C'est un burin souple et sans sécheresse, et qui arrive déjà doucement à représenter des aspects colorés de l'oeuvre d'origine sur sa gravure en teinte de noir et de blanc.[7]
  • En 1667, il produit un Portrait de Samuel Sorbière, historiographe du roi. Encore quelques défauts, mais le style tend à évoluer.
  • en 1668, il effectue une gravure prenant pour modèle le plafond de la Villa Sacchetti, peinte par Pietre de Cortone.
  • Un peu plus tard, il crée une série de 16 gravures ayant pour modèle les peintures de Pietre de Cortone faites dans le palais Pamphili.


Gérard Audran reste à Rome pendant environ 6 ans, période créatrice durant laquelle il prend pour modèle l'école italienne de peinture du XVIème siècle. Il multiplie les croquis, dessins préparatoires et gravures d'après les chefs d’œuvres italiens. On peut citer au nombre de ses modèles Raphaël, Le Dominiquin, Carrache, J. Romain, Le Guerchin, Le Guide, Lanfranc, Sacchi, Romanelli ou encore Le Titien.

Cette période marque définitivement son oeuvre, et même si sa production de gravure durant ces 6 années reste élevée, telle que La Noblesse ou La Navigation d'après Raphaël, Audran ramène aussi une très grande quantité de dessins, qui lui serviront de modèles pour toutes les gravure qu'il produira en France. La représentation des corps et des expressions, ainsi que le jeu des couleurs, des peintres italiens du XVIème siècle se retrouvera avec beaucoup de talents dans les œuvres du français. À son retour en France en 1672, ses gravures italiennes sont déjà connues, et c'est un homme déjà célèbre qui rentre à Paris.

Premier et Second Style

Jacques-Édouard Gatteaux [8], membre de l'Académie des Beaux-Arts, dans un discours prononcé le 25 octobre 1850 à l'Académie[9], distingue 2 styles dans l'oeuvre de Gérard Audran, ainsi qu'une période de transition. Selon lui:

  • La première phase ( 1660-1672 ) se définit par plusieurs défauts issus des capacités des membres de sa famille, et durant cette période, Gérard fait une utilisation exclusive du burin sur cuivre. Gérard Audran produit alors beaucoup d'ornements pour les livres, et assez peu de portraits ou de gravures d'histoire.
  • La phase de transition ( 1672-1678 ) est marquée par le voyage du graveur en Italie. Il commence à utiliser ici et là l'eau-forte, choisit des modèles historiques, et n'hésite pas à verser dans la gravure d'imitations d'après des grandes maîtres. Il s'illustre notamment dans la gravure des tableaux de Charles Le Brun sur Alexandre le Grand.
  • La seconde phase ( 1678-1703 ): Gérard Audran est à l'apogée de son art, jusqu'à sa mort. Désormais, il grave d'abord à l'eau-forte, puis fait les finitions au burin. Il ne fait plus que de la gravure d'histoire, et des portraits. Chacune de ses gravures est un chef d'oeuvre, ses dessins alternent entre petits points et hachures, dans des gravures brillantes et harmonieuses. Ses œuvres sont désormais le fruit d'une fantaisie intelligente, plutôt que d'une réflexion.

La Célébrité

Le retour à Paris

wikipedia:fr: Jean-Baptiste Colbert, sur les conseils de wikipedia:fr: Charles le Brun qui avaient visualisé ses gravures, incite Gérard Audran à revenir à Paris en 1672. Il lui trouve un logement dans la wikipedia:fr: Manufacture des Gobelins, le pensionne et lui donne le titre de Graveur ordinaire du roi en 1674[10].

La Consécration: les gravures du Triomphe d'Alexandre

Passage du Granique ( 1672 ), Gérard Audran, d'après Charles le Brun
Passage du Granique ( 1672 ), Gérard Audran, d'après Charles le Brun

Charles le Brun désigne Gérard Audran pour graver les 4 tableaux commandés par la cour traitant de l'histoire d'Alexandre le Grand. Gérard Audran travaille vite, Gérard Audran travaille bien, et il produira 4 chefs d’œuvres de la gravure, qui auraient même fait dire à Charles Le Brun qu'il embellissait ses tableaux [11]. Les 4 gravures sont produites en un temps record:

  • Passage du Granique ( 1672 )
  • Bataille d'Arbelle ( 1674 )
  • L'Entrée dans Babylone ( 1675 )
  • Porus amené devant Alexandre ( 1678 )

Ce travail, qui dura 6 ans, reçut une critique exceptionnellement favorable, et assura la consécration de Gérard Audran. La finesse des traits, la brillance de ses gravures sont absolument remarquables.

Suite et fin de carrière

Oeuvres et Vie professionnelle

Gérard Audran se spécialise dans la gravure d'imitation d'après les grands peintres du siècle de Louis XIV ( Pierre Mignard, Eustache Lesueur, Nicolas Poussin, Charles Le Brun ) et dans la gravure d'histoire, où il excelle. Sa gravure Le Triomphe de la Vérité d'après Poussin est par exemple jugée par wikipedia:fr: Georges Duplessis, conservateur à la bibliothèque nationale dans le cabinet des estampes de 1853 à 1891, comme son plus beau chef d'oeuvre.[12] Ses gravures sont cependant difficilement datables, et durant cette période, seulement 3 gravures nous sont parvenues avec une date:

Portrait de l'Abbé de Louvois, gravure de Gérard Audran d'après Hyacinthe Rigaud
Portrait de l'Abbé de Louvois, gravure de Gérard Audran d'après Hyacinthe Rigaud

Gérard Audran tient par ailleurs une échoppe de graveurs et de marchand de gravures à l'enseigne des Deux Piliers d'Or, wikipedia:fr: Rue Saint-Jacques, là où il habitait également. Il est à noter que Gérard Audran vendait tout type d'estampe, et pas seulement les siennes. Ainsi, certaines estampes peuvent porter son nom, avec pour seul but d'en rehausser la valeur par son seul nom, alors qu'il n'avait rien à voir dans sa genèse.

Gérard Audran participe également à la gloire du Roi Soleil, en produisant des gravures de commande émanant du Cabinet du Roi.

Ouvrage de théorie artistique

Gérard Audran est l'auteur d'un livre théorique pour travailler la gravure à l'intention des futurs graveurs, Les Proportions du corps humain mesurées sur les plus belles figures de l'Antiquité[13] ( 1683 ). Cet ouvrage compile les croquis réalisés par Gérard Audran durant son voyage en Italie, d'après des sculptures ou des peintures des grands maîtres italiens. Ce livre théorique à l'attention des étudiants en art nous montre qu'il travaillait en réalité son art autant par la pratique que par la théorie.

Consécration académique

Le 31 mars 1674, Gérard Audran est accueilli dans l'Académie royale de peinture et sculpture, ayant pour morceau de réception une gravure d'interprétation d'après Nicolas Poussin représentant Pyrrhus soustrait à la recherche de molosses et sauvé à Mégare.

Consécration inédite, Gérard Audran se voit offrir le titre de Conseiller de l'Académie royale de peinture et de sculpture le 29 novembre 1681, l'honneur maximal pouvant être accordé à un graveur, dans un temps où le métier de graveur reste encore très largement déprécié. Ainsi, Gérard Audran contribua à faire de la gravure un art à part entière.

La Fin de vie

Vie privée

Tout entier à son art, Gérard Audran a mené une vie sans remous, et nous savons, en réalité, très peu de choses sur sa vie privée. Il avait épousé Hélène Licherie ( morte le 4 décembre 1718 à 81 ans ), la soeur du peintre Louis Licherie. Ils eurent ensemble 3 filles:

  • Marie-Françoise, baptisée le 25 septembre 1678 et morte le 1er juin 1688.
  • Hélène, née le 16 mars 1680, morte-née.
  • Hélène ( née le 14 décembre 1681 - morte le 7 août 1756 ), mariée à M. Caquet, trésorier du roi, fermier général, écuyer, conseiller et secrétaire du roi. Elle épouse en seconde noce M. Pageau, secrétaire du roi.
    • Elle laisse un fils issu du premier mariage, nom inconnu

Décès

Gérard Audran meurt à Paris le 25 juillet 1703 à l'âge de 62 ans. Il habitait alors rue Saint Jacques, et il est enterré le 26 juillet 1703, à 19h en sa paroisse, l'église Saint Benoît[14] détruite en 1831 et rasée en 1854.

Postérité

Sa maîtrise excellente de la gravure se perpétue dans la pratique de deux de ses neveux, Benoît Ier ( né à Lyon le 23 novembre 1661 - mort à Louzouer, près de Montargis, le 2 octobre 1721 ) et Jean Audran ( né à Lyon le 28 avril 1667 - mort à Paris le 17 juin 1756 ), tous deux fils de Germain Audran. Gérard les forma dans son atelier, et ces graveurs furent en définitive très remarquables, à l'image de leur illustre oncle.

Références et Bibliographies

Bibliographie

  • Les Audran ( 1892 ), Georges Duplessis, 1 vol. (87 p.) : ill. ; gr.in-8, n° notice: FRBNF30380402
  • Notice sur Gérard Audran, Vivant Denon, In-fol., ( 9 p. ), portrait lith., pl. et fig, n° notice: FRBNF30325091
  • Considérations sur la gravure en taille douce et sur le graveur Gérard Audran ( 1850 ), Jacques-Édouard Gatteaux, ( 12 p. ); 29 x 22 cm, cote INHA: 4 Piece 21411

Notes

  1. [1] Site internet d'amateur du patrimoine urbain lyonnais
  2. Registre du baptême. Transcription: " Led(ict) jo(u)r j'ai baptisé Girard fils de Claude Odran, m(estr)e graveur, et Hélie Fretilat sa femme, parrain sieur Girard Cebier, mestre sculpteur, et la marraine dame Françoise Cloquemain. "
  3. Il y a une lutte entre deux dates: l'historien wikipedia:fr: Louis Moréri propose la date de 1710, et wikipedia:fr: Pierre-Jean Mariette, lui, propose la date de 1700.
  4. 1638 selon Louis Moréri, ou 1641 selon wikipedia:fr: Georges Guillet de Saint-Georges dans ses Mémoires Inédits.
  5. [2] Le titre-frontispice est de Gérard Audran. Le traducteur est Charles le Breton ( 1604-1686 ) et l'imprimeur est François Muguet ( 1630?-1702 )
  6. Notice BNF: [3]
  7. La réalisation de cette oeuvre est suffisamment fine pour tromper l'oeil de Pierre Rémy, expert et marchand d'art de la fin du XVIIIème siècle. Il attribue cette gravure à Gérard Edelinck dans le Catalogue de planches gravées, desseins, estampes & tableaux après le décès de M. Michel Audran [4]
  8. Notice de la BNF sur J-É Gatteaux
  9. Considérations sur la gravure en taille douce et sur le graveur Gérard Audran Ouvrage à consultation restreinte. Imprimeur: Firmin-Didot
  10. D'après la notice d'autorité de la BNF sur Gérard Audran. Notice BNF
  11. d'après Jacques-Édouard Gatteaux, dans son discours prononcé à l'Académie des Beaux Arts le 25 octobre 1850, publié dans ses Considérations sur la gravure en taille douce et sur le graveur Gérard Audran, format 12 p. ; 29 x 22 cm, cote 4 Piece 21411 à l'INHA. La rumeur reste assez peu probable, vu la personnalité de Charles le Brun.
  12. d'après Georges Duplessis, Les Audran, p.33. Référence ouvrage: 87 p.,in-8, notice n°: FRBNF30380402 . Catalogue de la BNF
  13. Notice BNF
  14. wikipedia:fr: Église Saint-Benoît-le-Bétourné