Estampe impressionniste

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Dans le dernier quart du XIXe siècle, de célèbres artistes appartenant au mouvement artistique de l’impressionnisme, comme Mary Cassatt, Edouard Monet, Edgard Degas ou Camille Pissarro, se sont adonnés à la gravure. Ce fut également le cas de personnalités moins connues, tels Félix Buhot, Félix Bracquemond et Henri Guérard. Traditionnellement, on étudie l'estampe impressionniste de 1874, date de la première exposition « impressionnistes », à 1889, date de la fondation de la Société des peintres-graveurs. [1]


L’estampe chez les impressionnistes

Les graveurs impressionnistes

A la fin du Second Empire, de jeunes artistes se réunissent autour d’Edouard Manet et sont porteurs d’une nouvelle conception des arts picturaux. Ils sont particulièrement attentifs au changement des paysages et de la nature en fonction de la lumière, du moment de la journée et de l’année. Bien loin d’être uniquement des artistes-peintres, les impressionnistes ont exploité d’autres supports artistiques, comme la gravure. Ainsi, en 1874 est fondée la « Société anonyme des peintres, sculpteurs, graveurs, etc ». De plus, l’estampe est présente dans l’ensemble des expositions dites « impressionnistes », à l’exception de celle de 1882 [2].

Une pratique hétérogène de l’estampe

Tous les impressionnistes ne considèrent pas l’estampe de la même manière et une rupture s’opère au sein de ce mouvement en 1880 : des artistes comme Claude Monet, Berthe Morisot ou Auguste Renoir estiment que seule la peinture peut leur apporter une véritable gloire. A l’inverse, un groupe se forme autour d’Edgar Degas et de Camille Pissarro. Curieux de nouveautés et de modernité, ils exploitent pleinement l’estampe et rompent avec la tradition des siècles précédents de la gravure de reproduction [3]. Parmi ce groupe, tous les impressionnistes n’ont pas pratiqué l’estampe avec la même intensité : si certains sont des graveurs professionnels, comme Félix Bracquemond, d'autres se considèrent avant tout comme des peintres.

Les principaux sujets

Les graveurs impressionnistes ont des sujets des prédilections. Ainsi, les paysages ruraux et urbains, qui incarnent l’éphémère, sont particulièrement exploités par ces artistes s’inspirant des estampes japonaises. Grâce à l’expérimentation de techniques de gravures, ils parviennent à représenter la pluie, le brouillard, ou encore la neige. La représentation de la société contemporaine par la gravure est également importante et plus particulièrement chez Edouard Manet ou Edgar Degas. Les graveurs impressionnistes s’emparent également de l’intime, dans le but de «  saisir des moments fugaces et insignifiants de la vie quotidienne » [4]. Ainsi, ils réalisent régulièrement le portrait de leurs amis et s’essaient également à l’auto-portrait.

Un renouvellement du genre par les impressionnistes

De nombreuses expérimentations

Les impressionnistes mènent diverses expérimentations afin de renouveler la pratique de l’estampe. Ainsi, ils contribuent au renouveau de l’eau-forte, concurrencée au XIXe par de nouvelles techniques de gravure comme la lithographie et la gravure sur bois-debout. Par exemple, en été 1873, le « Quatuor d’Auvers-sur-Oise », composé du docteur Gachet (surnommé Van Ryssel), d’Armand Guillaumin, de Camille Pissarro et de Paul Cézanne, propose une suite d’eaux-fortes représentant de petits paysages [5].

Cependant, les graveurs impressionnistes ne se contentent pas uniquement d’utiliser l’eau-forte. Ils exploitent d'autres techniques, à l’instar de Henri Guérard qui pratique l’eau-forte mais également l’aquatinte et la pointe sèche, et utilisent de nouveaux outils. Par exemple, Edgar Degas emploie le charbon ou la lampe électrique. Fort de leur pratique de la peinture, ces artistes exploitent des techniques picturales pour réaliser leurs estampes et développent la gravure en couleurs. . Ainsi, Félix Bracquemond expérimente la gravure en quadrichromie dans les années 1870. L'aboutissement de ces expérimentations se traduit par les aquatintes en couleurs de Mary Cassatt.

Du multiple à l’unique

Les impressionnistes et leur pratique de la gravure amènent à un changement de statut de l'estampe : d’un moyen de reproduction de la peinture, on aboutit à l’estampe originale. Edouard Manet est le premier à rompre avec la tradition de la gravure de reproduction. En effet, s'il souhaite voir diffuser ses peintures grâce à l'estampe, il se fait parfois lui-même l'interprète de ses gravures et il en modifie quelque peu les traits par rapport à la peinture originale [6]. Félix Buhot a également un rôle initiateur en la matière. En effet, comme l’ensemble des graveurs impressionniste, il manifeste un grand intérêt pour les différents états de ses gravures. De plus, il apporte une signature manuscrite à ses épreuves : ainsi, l’estampe devient une œuvre unique.

L’impression est une étape importante pour ces artistes. Pour cette raison, les artistes manifestent une grande considération à l’égard de l'imprimeur Eugène Delâtre. De plus, certains des peintres-graveurs deviennent eux-mêmes des imprimeurs, comme Camille Pissarro. Par ailleurs, les impressionnistes apportent des modifications à certaines de leurs estampes au moment du tirage. Ces évolutions dans la pratique de la gravure aboutissent peu à peu au monotype : il s’agit de peindre directement sur une plaque de métal de manière à obtenir une épreuve unique. L’estampe n’est donc plus un moyen de reproduction mais elle devient une œuvre d’art en elle-même.

Historiographie

L’estampe impressionniste a longtemps été négligée par les historiens de l’art, qui estimaient que la peinture caractérisait avant tout le mouvement impressionniste. Ainsi, Jean-Paul Bouillon estime, dans un article rédigé en 1989, que le dernier historien à avoir rendu hommage à cet art fut Henri Focillon en 1930 dans son ouvrage Maîtres de l’estampe. S’en suit une longue période durant laquelle aucun ouvrage de référence n’est consacré à ce sujet. En 1974, lors des festivités à la Bibliothèque nationale de France pour fêter le « centenaire » de l’impressionnisme, une exposition est organisée au sujet de l’estampe impressionniste, pour laquelle Michel Melot a produit un catalogue de qualité. Enfin, en 2010, dans le cadre du festival Normandie impressionniste, les visiteurs ont eu accès à cent-vingts estampes, provenant du Cabinet des estampes de la BnF : il s’agit d’une véritable consécration de la gravure du XIXe siècle [7].

Bibliographie

BOUILLON, Jean-Paul, « L'estampe impressionniste : chronique bibliographique » , in Revue de l'Art, 1989, n°86. pp. 66-81

CASSOU, Jean, « IMPRESSIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 2 avril 2019.[1]

MELOT, Michel, L’estampe impressionniste, Paris, Flammarion, 1974

JOUBERT, Caroline, MELOT, Michel et SUEUR-HERMEL, Valérie (dir.), L'estampe impressionniste : trésors de la Bibliothèque nationale de France : de Manet à Renoir, cat. expo., Musée des beaux-arts de Caen (4 juin – 5 septembre 2010), Paris, Somogy, 2010

Lien externe

Festival Nomandie impresionniste [2]

Notes

  1. La majeure partie des informations de cet article proviennent du catalogue d’exposition : Caroline Joubert, Michel Melot et Valérie Sueur-Hermel (dir.), L'estampe impressionniste : trésors de la Bibliothèque nationale de France : de Manet à Renoir, cat. expo., Musée des beaux-arts de Caen (4 juin – 5 septembre 2010), Paris, Somogy, 2010
  2. Entre 1874 et 1882, six expositions dites "impressionnistes" sont organisées ( 1876, 1877, 1879, 1880, 1881, 1882 et 1886)
  3. Michel Melot, "Les impressionnistes" in Caroline Joubert, Michel Melot et Valérie Sueur-Hermel (dir.), L'estampe impressionniste : trésors de la Bibliothèque nationale de France : de Manet à Renoir, cat. expo., Musée des beaux-arts de Caen (4 juin – 5 septembre 2010), Paris, Somogy, 2010, p. 9
  4. Caroline Joubert, « Iconographie et esthétique de l’estampe impressionniste » in Caroline Joubert, Michel Melot et Valérie Sueur-Hermel (dir.), L'estampe impressionniste : trésors de la Bibliothèque nationale de France : de Manet à Renoir, cat. expo., Musée des beaux-arts de Caen (4 juin – 5 septembre 2010), Paris, Somogy, 2010, p. 19
  5. Valérie Sueur-Hermel, « Trésors impressionnistes de la BnF » in Caroline Joubert, Michel Melot et Valérie Sueur-Hermel (dir.), L'estampe impressionniste : trésors de la Bibliothèque nationale de France : de Manet à Renoir, cat. expo., Musée des beaux-arts de Caen (4 juin – 5 septembre 2010), Paris, Somogy, 2010, p. 22
  6. Caroline Joubert, « Iconographie et esthétique de l’estampe impressionniste » in Caroline Joubert, Michel Melot et Valérie Sueur-Hermel (dir.), L'estampe impressionniste : trésors de la Bibliothèque nationale de France : de Manet à Renoir, cat. expo., Musée des beaux-arts de Caen (4 juin – 5 septembre 2010), Paris, Somogy, 2010, p. 18
  7. Les informations de cette partie de l’article proviennent de l’analyse de Jean-Paul Bouillon, « L'estampe impressionniste : chronique bibliographique » , in Revue de l'Art, 1989, n°86. pp. 66-81