Essais de Montaigne : Différence entre versions

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== Première édition - 1580 ==
 
== Première édition - 1580 ==
Les ''Essais'' furent initialement publiés à Bordeaux, la ville de Montaigne, sur les presses de Simon Millanges en 1580. Imprimé in-octavo, chaque exemplaire de l'édition requérait l'utilisation de 51 feuilles de papier.
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Les ''Essais'' furent initialement publiés à Bordeaux, la ville de Montaigne, sur les presses de Simon Millanges en 1580. Imprimé in-octavo, chaque exemplaire de l'édition requérait l'utilisation de 51 feuilles de papier. On connaît plusieurs états de cette édition. La première variation concerne la page de titre du premier volume dont [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=1225 l'état A] comporte la marque de libraire de Millanges mais aucun des titres personnels de l'auteur. Le second, [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=235 l'état B], a pour toute illustration un ornement typographique mais qualifie Montaigne de « chevalier de l'ordre du roy, et gentil-homme ordinaire de sa chambre ».
  
On connaît plusieurs états de cette édition. La première variation concerne la page de titre du premier volume dont [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=1225 l'état A] comporte la marque de libraire de Millanges mais aucun des titres personnels de l'auteur. Le second, [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=235 l'état B], a pour toute illustration un ornement typographique mais qualifie Montaigne de « chevalier de l'ordre du roy, et gentil-homme ordinaire de sa chambre ».
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La seconde variation touche la page de titre de la seconde partie. Dans [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=1226 l'état C] les titres de l'auteur sont absents, comme dans l'état A du premier volume. [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=236 L'état D] lui restitue ses titres, mais avec quelques défauts quant à la ponctuation et les lettres choisies. Sayce identifie un [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8609579f/f509.item état E] où ces défauts sont rectifiés, ce dernier comportant quatre corrections apportées par le compositeur. Sayce avait repéré 36 exemplaires de cette édition originale - aujourd'hui au moins trois exemplaires supplémentaires sont connus (deux à la Bibliothèque nationale de France - collections Rothschild et Fontainebleau - et un à la bibliothèque royale à Stockholm).
 
 
La seconde variation touche la page de titre de la seconde partie. Dans [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=1226 l'état C] les titres de l'auteur sont absents, comme dans l'état A du premier volume. [http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=236 L'état D] lui restitue ses titres, mais avec quelques défauts quant à la ponctuation et les lettres choisies. Sayce identifie un [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8609579f/f509.item état E] où ces défauts sont rectifiés, ce dernier comportant quatre corrections apportées par le compositeur.  
 
 
 
Sayce avait repéré 36 exemplaires de cette édition originale - aujourd'hui au moins trois exemplaires supplémentaires sont connus (deux à la Bibliothèque nationale de France - collections Rothschild et Fontainebleau - et un à la bibliothèque royale à Stockholm).
 
  
 
== Deuxième édition - 1582 ==
 
== Deuxième édition - 1582 ==

Version du 17 octobre 2018 à 17:29

Écrits par Michel de Montaigne (1533-1592), les Essais sont une œuvre majeure de la littérature française du XVIe siècle. Commencés en 1572, l'auteur continua à les retoucher jusqu'à sa mort vingt ans plus tard. Les éditions successives furent un succès commercial et garantirent à leur auteur une place proéminente dans l'histoire de la pensée européenne. Les éditions ont fait l'objet d'un travail bibliographique de longue haleine mené par Richard Sayce dont l'analyse fut publiée de manière posthume en 1983 par les soins de David Maskell [1].

Première édition - 1580

Les Essais furent initialement publiés à Bordeaux, la ville de Montaigne, sur les presses de Simon Millanges en 1580. Imprimé in-octavo, chaque exemplaire de l'édition requérait l'utilisation de 51 feuilles de papier. On connaît plusieurs états de cette édition. La première variation concerne la page de titre du premier volume dont l'état A comporte la marque de libraire de Millanges mais aucun des titres personnels de l'auteur. Le second, l'état B, a pour toute illustration un ornement typographique mais qualifie Montaigne de « chevalier de l'ordre du roy, et gentil-homme ordinaire de sa chambre ».

La seconde variation touche la page de titre de la seconde partie. Dans l'état C les titres de l'auteur sont absents, comme dans l'état A du premier volume. L'état D lui restitue ses titres, mais avec quelques défauts quant à la ponctuation et les lettres choisies. Sayce identifie un état E où ces défauts sont rectifiés, ce dernier comportant quatre corrections apportées par le compositeur. Sayce avait repéré 36 exemplaires de cette édition originale - aujourd'hui au moins trois exemplaires supplémentaires sont connus (deux à la Bibliothèque nationale de France - collections Rothschild et Fontainebleau - et un à la bibliothèque royale à Stockholm).

Deuxième édition - 1582

Le succès de la première édition mena rapidement à la publication d'une deuxième deux ans plus tard (USTC 6920), toujours publiée par les soins de Simon Millanges à Bordeaux. La page de titre de cette nouvelle version proclame fièrement le nouveau rôle de Montaigne en tant que maire et gouverneur de la ville de Bordeaux, poste auquel il avait été élu l'année précédente. Comme c'était souvent le cas, cette nouvelle édition proposait également sur sa page de tire un contenu revu et augmenté. Si chaque exemplaire comportait strictement la même quantité de papier que la première édition, le contenu était en effet modifié. On y apporta des citations supplémentaires et quelques ajouts. Quant à sa présentation et à la qualité de l'édition, le chercheur Alain Gros y voit un travail plus soigné, qu'il impute à la position plus importante occupée par Montaigne [2].

Troisième édition - 1587

Après ces deux premières versions du texte, la troisième vit les Essais échapper à leur ville natale pour être publiés à Paris par le libraire Jean Richer en 1587 (USTC 19442). Cette édition tranche des précédentes de par son aspect. Richer choisit le format in-duodecimo, un format alors peu utilisé à Paris où on ne dénombre en moyenne que vingt éditions par an dans ce format et dont l'utilisation était en général surtout réservée à la poésie, au théâtre, etc. Probablement imprimé par Jean du Carroy pour Richier, chaque exemplaire ne demandait plus qu'un peu plus de 45 feuilles même s'il reprenait le texte de l'édition précédente. Le privilège de Millanges étant encore valide au moment de sa publication, cette édition était soit le fruit d'un accord qui aujourd'hui nous est inconnu, soit une édition pirate faite pour profiter de la popularité du texte.

Quatrième édition - 1588

L'édition suivante fut également parisienne, cette fois l'œuvre du libraire Abel L'Angelier. Décrite sur la page de titre comme la cinquième édition, les bibliographes ont suggéré diverses possibilités pour une quatrième édition perdue allant de l'assertion de la Croix de Maine qu'il y aurait eu une édition à Rouen, à la suggestion que Jean Richer avait peut-être prévu deux émissions de son édition. En attendant de trouver cette édition mythique, Sayce conclut à une supercherie éditoriale qui ferait croire que les Essais étaient extraordinairement populaires.

On identifie deux variantes principales, une première émission avec une page de titre sans date et imprimée avec de la typographie mobile (USTC 54982) et une seconde avec une page de titre gravée en creux (USTC 11613). Cette seconde émission se divise elle même en deux états, le premier sans date et avec une coquille au mot grand, le second avec la date et le mot corrigé. Suivant les recherches de Michel Simonin et Jean Balsamo, ce second état est beaucoup plus courant[3].

Cinquième édition - 1593

À la suite de ces deux éditions parisiennes, ce fut au tour de Lyon de tenter de profiter de l'engouement pour le texte de Montaigne (USTC 9607). Le libraire qui investit dans cette édition était en fait un libraire avignonnais, Gabriel de La Grange, qui maintenait de fort bonnes relations commerciales avec ses collègues lyonnais, et notamment les Gabiano. Cette version, décrite comme la dernière édition, semble moins parfaite que l'édition précédente donnée par L'Angelier. Sans privilège, elle semble exploiter les circonstances économiques et politiques des années troubles de sa publication. Imprimée pendant que les guerres de la Ligue Catholique ravageaient encore le pays, elle bénéficiait de mise entre parenthèses du système habituel du contrôle des livres, la ville de Lyon ayant en effet permis à ses libraires de faire imprimer les ouvrages qui étaient encore théoriquement protégés par un privilège.

Sixième édition - 1595

Décrite par Sayce comme une édition lyonnaise, cette sixième édition fut en réalité imprimée à Genève (USTC 74898). Sur sa page de titre son éditeur François le Febvre se déclara comme étant "de Lyon", ce qui est bien différent de dire qu'il travaillait à Lyon ; il suivait en ça une longue lignée de libraires qui par ce stratagème donnait une fausse idée de leur adresse réelle[4]. L'édition était en réalité genevoise et en cela pouvait également ignorer le privilège de L'Angelier puisqu'elle était imprimée en dehors du royaume de France où il avait une quelconque validité. S'il était bien originaire de Lyon, Le Febvre avait en effet fait toute sa carrière d'éditeur en Suisse [5]. Comme la précédente édition imprimée dans des circonstances un peu douteuses, elle fut publiée dans le format in-duodecimo et requérait trois fois moins de papier que celle de L'Angelier.



  1. R. A. Sayce et D. Maskell, A Descriptive Bibliography of Montaigne's Essais 1580-1700, Londres: The Bibliographical Society, 1983.
  2. A Gros, 'Introduction aux Essais de 1580 et 1582', MONLOE : MONtaigne à L'Œuvre, 2015.
  3. J. Balsamo et M. Simonin, Abel L’Angelier et Françoise de Louvain, 1574-1620, suivi du catalogue des ouvrages publiés par Abel L’Angelier, 1574-1610 et la veuve L’Angelier, 1610-1620, Genève : Librairie Droz, 2002 n°203 et 204.
  4. Pour des exemples lyonnais voir I. Jostock, La censure négociée. Le contrôle du livre à Genève, 1560-1625, Genève : Droz, 2007, p. 306-309.
  5. Voir l'entrée qui lui est consacrée dans le Répertoire des imprimeurs et éditeurs suisses actifs avant 1800.