Aquatinte

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L'aquatinte est un procédé de gravure en creux sur métal, réalisé par l'attaque d'un mordant et dont le but est d'obtenir, à l'impression, des valeurs à la manière d'un lavis, d'un pointillé ou d'un tramé et non à la manière d'un trait. Elle est un procédé chimique, se distinguant ainsi des procédés de taille directe dans lesquels on grave en attaquant au trait ou au point (burin, manière noire, pointe sèche...). Elle est l'un des procédés de l'eau-forte, bien que celle-ci soit réalisée au trait ou à la tache. On compte souvent l'aquatinte comme une technique « en manière de lavis », mais, contrairement à ces dernières, elle présente une grenure, c'est-à-dire des surfaces creusées de points très rapprochés qui retiennent l'encre.

Histoire

Les premiers essais d'imitation du lavis, en gravure, remontent au XVIIe siècle (portraits de Cromwell et de Christine de Suède par Jan Van de Velde, vers 1650), mais le procédé est employé surtout au XVIIIe siècle. Le 10 juillet 1762, le graveur François-Philippe Charpentier, annonça dans L'Avant-Coureur qu'il avait inventé une machine « propre à graver dans la manière qui imite le lavis ». Quelques années après, en 1780, Jean-Baptise Le Prince, peintre, dessinateur et graveur, présenta à l'Académie Royale de Peinture un mémoire intitulé « Plan du traité de la gravure au lavis ». Cependant, en dehors de ces essais, le procédé n'eut que peu d'échos en France et ce n'est que vers la fin du XVIIIe siècle que l'aquatinte, qui avait trouvé son nom à Londres, fut remise à l'honneur.

Le procédé est aussitôt exploité par les meilleurs graveurs de l'époque : A. de Saint-Aubin (1760), Debucourt, Gautier-Dagoty, Le Blon, Descourtis... L'usage s'en répand aussitôt à l'étranger. En France, le graveur Jean-François Janinet (1752-1814) est connu pour son utilisation fréquente de l'aquatinte dans des gravures en couleurs aux sujets galants ou allégoriques, telle que L'indiscrétion d'après Lavreince (1788), ou bien des vues de paysages ou de bâtiments. Mais la technique peut être utilisée, à la même époque, dans un style tout à fait différent. Francisco de Goya (1746-1828), pour ne citer que lui, en use pour sa série des Caprices (1797-1799).

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'aquatinte est remise au goût du jour à un moment où l'on cherche à adapter à sa technique les procédés photographiques. Le terme « aquatintiste » apparaît à cette période, en 1866. Le procédé de l'aquatinte est un des fondements de l'héliogravure, technique qui naît et se développe dès la fin de XIXe siècle.

Technique

Préparation de la planche. La planche est une plaque métallique en acier, en zinc ou en cuivre. Elle est tout d'abord polie et décapée. Puis, on commence le dessin, en prenant soin de placer la plaque sur une planchette un peu plus grande qu'elle pour la manipuler et de se servir d'un garde-main. Le principe général est celui de l'eau-forte : toute partie protégée par un vernis ou une peinture résistant à l'action de l'acide, correspondra, après morsure, à un blanc, et que toutes les autres parties correspondront à des noirs plus ou moins intenses, selon le temps de morsure et la superficie. Le dessin peut être positif ou négatif. Le dessin positif est réalisé en enlevant certaines parties du vernis recouvrant la plaque, à la pointe émoussée ou au pinceau (souvent à l'aide d'essence de térébenthine). Le dessin négatif consiste, au contraire, à recouvrir les parties devant rester claires soit par un vernis, par une peinture resistant au mordant, ou avec une encre ou un crayon chimique pour la lithographie.

Grainage. Le but du grainage est de protéger le métal, pendant la morsure, de telle sorte que l'attaque ne se produise que sous forme de pointillés. Les surfaces, protégées par les grains, seront mordues entre ces derniers. De même que pour le dessin, il existe un grainage positif et un grainage négatif. La technique mise au point par Le Grain consiste à prendre de la poudre impalpable de résine (copal, colophane ou sandaraque) ou de bitume et à les faire tomber à l'aide d'une brosse que l'on frotte. Pour obtenir un dépôt de grain tout à fait régulier, on utilise une boîte à grain. Il s'agit d'une grande caisse, dotée d'une ouverture pour laisse passer la plaque, permettant de faire se disperser, par un violent courant d'air, le kilo de poussière ou de résine que l'on a placé à l'intérieur. Le courant d'air est produit par un soufflet ou un moulinet. Les grains les plus gros retombant les premiers, il faut calculer un temps d'attente en fonction de la finesse du grain désiré. Le grainage à l'aérographe, mis au point par André Béguin, permet d'obtenir davantage de nuances. Cette étape se poursuit par la cuisson qui a pour but de fixer le grain sur le métal.

Morsure. Celle-ci consiste à plonger la plaque dans un bain contenant le mordant (acide nitrique ou perchlorure de fer) qui va attaquer les parties non protégées par les grains. La gestion de la température et du temps de morsure sont des opérations extrêmement délicates. Selon la durée du bain d'acide, la cavité entre les points de résine sera plus ou moins profonde, créant les différentes tonalités.

Impression. Après la morsure, la planche est nettoyée. Le vernis est enlevé à l'essence de térébenthine. Si le métal a été oxydé par le bain, on le nettoie avec un brillant pour métaux à l'aide d'une brosse assez ferme. L'impression suit les mêmes procédés que les autres techniques de gravure en taille-douce, même si elle est plus délicate que celle de l'eau-forte au trait. La texture de l'aquatinte est très fragile et résiste mal aux nombreux passages sous la presse. Après impression, on peut effectuer des corrections au brunissoir pour écraser le grain er à l'abrasif pour l'alléger.

Techniques dérivées

Dès 1827, Nicéphore Niépce (1765-1833) reportant la photographie sur métal afin d'en tirer une gravure, réalise les premières héliographies. Par la suite, le développement des techniques photographiques permit à l'aquatinte de devenir le plus fin des procédés de reproduction. En 1878, l'héliogravure au grain fut mise au point par Karl Klietsch, à Vienne. Un peu plus tard, le procédé abandonna la réserve au grain et, en 1910, l'impression héliographique, dite aussi photogravure rotative, fut réalise à l'aide de cylindre gravés, e qui permit une très grande vitesse de réalisation.

Aloys Senefelder (1771-1834), inventeur de la lithographie, tente d'adapter l'aquatinte à cette nouvelle technique. Par exemple, il eut l'idée d'« injecter » de l'encre chimique sur la pierre à l'aide d'une brosse (procédé du crachis), ou de réaliser un grainage à la résine avec de la résine dissoute dans de « l'esprit-de-vin très-rectifié » ou dans de l'essence de térébenthine.

Il existe aussi plusieurs autres variantes du procédé de l'aquatinte : aquatinte au papier sablé, aquatinte au sel...

Bibliographie

André Béguin, Dictionnaire technique de l'estampe, Bruxelles, A-F, 1977

Jean Laran, L'Estampe, vol. 1, Paris, Presses universitaires de France, 1959

Nicole Malenfant, L'estampe, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1979

Michel Melot et Antony Griffiths, L'estampe, Genève, Skira, 1981